Une justice de classe
Avant que vous ne fuyez tous dépités de mon changement de bord, laissez-moi vous rassurer: l'accord se limite au constat, et je diverge sur les raisons du problème et les réponses à y apporter.
Notre justice est pauvre, comme l'est d'ailleurs tout notre État républicain, dépecé par toutes les baisses d'impôts directs et autres suppressions de contributions sociales. Le résultat est patent: des dossiers qui s'entassent (quand il ne disparaissent pas ou ne sont pas détruits par les fuites d'eau), des juges d'instruction débordés qui ne peuvent pas suivre correctement les affaires dont ils sont saisis (et faire jouer à la condamnation -s'il y en a une- tout son rôle répressif mais aussi pédagogique), des victimes écoeurées, des coupables pris dans la toute-puissance de leur immunité (mais il est vrai que l'exemple en la matière vient de si haut), des forces de l'ordre amères qui s'interrogent sur l'efficacité (et donc l'intérêt) de respecter le cadre légal.
Une institution judiciaire efficace et donc juste (c'est le moins qu'on peut lui demander, me semble-t-il), c'est une institution judiciaire qui a les moyens nécessaires d'instruire les dossiers dont elle est saisie.
C'est aussi une justice qui ne réponde pas au populisme, qui veut faire payer à certaines "racailles" désignées le prix de l'insécurité libérale.
Car le système libéral provoque l'insécurité. L'expliquer n'est pas le justifier, et vis-à-vis de la victime individuelle, une réponse judiciaire est nécessaire. Mais face au prix collectif de cette insécurité libérale, une réponse politique et sociale est nécessaire. Et ce n'est pas le tour qui est pris avec la sur-médiatisation de faits divers à des fins populistes, pour mieux faire oublier le népotisme d'État, qui installe privilèges, passe-droits, conflits d'intérêts entre amis et autre criminalité en col blanc.
Les faibles moyens de la justice sont mis pour taper forts sur les faibles et taper faible sur les forts, voire quand l'institution judiciaire n'est pas détournée pour protéger ces forts au lieu de les sanctionner quand nécessaire.
Cette justice de classe est accentuée par l'usage dévoyé des forces de l'ordre, rabaissées à un rôle comptable et répressif.
Je suis pour une police forte, car la police doit être le bras armé républicain de l'État de droit démocratique, elle doit protéger les faibles et mettre fin aux violences privées, relayée par la justice.
Malheureusement, que constate-t-on? Les moyens de police les plus importants sont mis à la protection (pour ne pas dire à la disposition) des plus riches, des plus forts, ceux qui peuvent déjà s'offrir des moyens technologiques d'une sécurité personnelle. Dans les villes et quartiers populaires, les forces de l'ordre son moindre, avec des moyens dérisoires et sans formation adéquate; voilà que même le préfet de Seine-Saint-Denis le reconnaît dans une note à son ministre, qui n'avait pas vocation à être publiée.
Mais est-ce que cela choque notre pompom-boy à BUSH? Qui réclame-t-il, ce prêt à penser néo-conservateur, de ces effectifs inexpérimentés? Du chiffre! Que les cités soient nettoyées au karcher devant quelques caméras de télé, pour s'inventer une bilan positif qui n'existe pas. Et il fait diversion en critiquant le tribunal de Bobigny, sans que -pour ne pas changer- le ministre de la Justice Pascal CLÉMENT ne monte au créneau pour défendre ses agents (mais qui voudrait se fâcher avec le candidat - roquet qui a montré sa capacité à mordre bas?!).
La boucle est bouclée: la police protége les forts que l'institution judiciaire ignore; la police est envoyée contre les faibles, pour que l'institution judiciaire réprime les faibles. Point de prévention, point de réponse politique, point de correction des inéquités. L'ordre libéral passe, la justice trépasse.