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Robert et Troy

Publié le par Stéphane GOMEZ

Il y a 30 ans, la France abolissait la peine de mort. Bon, il y a 30 ans et 2 jours, mais on ne va pas s'arrêter à ça quand même?!

 

Il y a 30 ans (et 2 jours!), Robert BADINTER prononçait, pédagogue et tribun, le discours qui renvoyait à l'Histoire cette ignonimie qui se nommait peine de mort, peine capitale. Qui ne se souvient de ce discours?! Bon, moi, mais faut dire que j'étais un peu jeune et qu'en réalité les souvenirs du combat courageux et souvent solitaire (solitude relative, avec le soutien affiché du président de la République et de la majorité socialiste à l'Assemblée) de Robert BADINTER pour rétablir, face à une Droite déchaînée et démagogique, un état de droit en France, ne m'est connu que par les manuels d'Histoire ou son témoignage hautement conseillé, Des épines et des roses.

 

Robert BADINTER rappelait simplement l'absurdité pratique de la peine de mort: trancher une tête n'a jamais empêché un meurtre, les motivations d'un meurtre sont plus profondes ou autres pour croire qu'une sanction aussi dure soit-elle l'empêchera. Seuls les suivis sociaux et psychologiques individuels ont eu un effet, et encore seulement sur la récidive, des expériences (aux Etats-Unis) en la matière faisant passer la récidive pour les crimes les plus graves de 80% à 1%, expériences bien sûr rapidement abandonnées faute de moyens, la vie d'une personne ne valant quand même qu'on y consacre trop de dollars, tellement mieux utilisés à financer les entreprises privées qui gèrent de plus en plus pour quelques bénéfices de plus, les prisons, là bas comme ici.

 

La peine de mort est donc inefficace. Mais peut-être est-elle juste? Est-il juste de prendre une vie contre une autre? Peut-on répondre à la violence par la violence, à la haine par la haine? C'est ce vers quoi veut tendre notre modèle de société, pour ne pas oser parler d'un modèle de civilisation? Dois-je répondre à toutes ces questions? (Quelle idée, aussi, de me les être posées?!) La peine de mort peut-elle être juste?

 

Rappellons une autre injustice de cette justice léthale! Aujourd'hui, Troy DAVIS attend dans le couloir de la mort pour savoir s'il va être grâcié ou exécuté. Aujourd'hui.

 

Troy DAVIS, Afro-Américain, a été condamné à l'âge de 20 ans, il y a plus de 20 ans, pour le meutre d'un policier blanc, meurtre qu'il a toujours nié. Aucune preuve matérielle, "mais" 9 témoignages à charges, 9 témoins dont 7 se sont depuis rétractés, dénonçant notamment les pressions du 8ème témoin, 8ème témoin aujourd'hui accusé par d'autres témoins d'être l'auteur du crime; quant au 9ème, il dénonce un assassin droitier, et Troy DAVIS est... gaucher!

 

Troy DAVIS est-il innocent? Je n'en sais fouttrement rien! Ce que je crois savoir, par contre, c'est que le doute est permis, le doute est légitime. Or, que restera-t-il du doute, une fois que Troy DAVIS aura été exécuté?! En prison, dans la souffrance, il reste un espoir; dans la mort, il ne reste que les regrets.

 

Il y a 2 ans, l'Illinois a suspendu (et non aboli) la peine de mort: trop de doutes sur trop de dossier.s De nombreuses études démontrent qu'aux Etats-Unis (et ailleurs, mais la peine de mort souvent en moins) la Justice n'aime pas les pauvres (et donc souvent les minorités ethniques, rarement les plus riches). Je me souviens de cet article sur une exécutée au Texas: femme blanche, pauvre, inculte, elle avait tué son mari.  En 1ère instance, l'avocat commis d'office dort; en appel, l'avocat commis d'office ne dort pas, il refuse simplement de faire jouer des éléments à décharge (la violence exarcerbée du mari, verbale, psychologique et physique, jusqu'aux viols répétés)... pour pouvoir ensuite publier un livre sur un déni manifeste de justice!

 

Où est la justice dans ces exécutions? Délit de pauvreté?!

 

La peine de mort ne permet pas le doute, mais la Justice est pleine de doute. La peine de mort, ce n'est donc pas la justice. La vengeance, la haine, la stupidité, peut-être, mais pas la justice au nom de laquelle on la prononce dans presque 60 Etats dans le monde, dont l'un, les Etats-Unis, se veut l'héraut de la liberté, fondateur de la démocratie moderne.

 

Alors "merci" Robert, d'avoir contribué à faire progresser la France dans l'humanisme. Courage, Troy, aujourd'hui encore on peut se mobiliser pour toi (la pétition pour le soutenir est toujours en ligne sur le site d'Amnesty International).

 

Et Nicolas? A défaut de pouvoir me souvenir du discours de Robert BADINTER, je n'oublierai pas le récit de Nicolas SARKOZY dans son livre de candidat, Témoignage: bien sûr il est contre la peine de mort, bien sûr... MAIS! Mais jamais, écrit-il, il n'oubliera le chagrin de ses parents qu'il a visité comme ministre de l'Intérieur, dont l'enfant avait été violé puis tué par un récidiviste, parents qui eux demandé le retour de la peine de mort, au nom de leur enfant martyr! L'exemple au service de la haine, l'exemple au service du recul du droit et des principes.

 

Est-ce cruel à lire? Sûrement, "oui", pour les proches des victimes: On ne rend pas la justice au nom des victimes, mais au nom de la société. C'est ce qui différencie la justice de la vengeance. Ce n'est pas du mépris, de l'indifférence pour les victimes qui doivent être reconues, soutenues et accompagnées. Mais c'est ce qui différencie le droit de la démagogie. L'avocat d'affaire SARKOZY n'en a cure du droit, il préfère sa réelection et son projet haineux de société.

 

Alors soyons prudents, 30 ans après, que Madame Guillotine ne revienne pas par les traverses d'une logique perverse.

 

Soyons vigilants pour l'avenir, soyons combatif pour le présent, pour Troy et pour les autres aux Etats-Unis, en Chine, en Iran ou en Arabie Saoudite, et soyons reconnaissant pour François qui en avait pris l'engagement, tpour ous les députés et sénateurs qui déposèrent un bulletin "oui", et pour Robert qui porta ce combat. Merci, et chapeau bas.

 

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