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PLATEFORME LOGEMENT DES MOUVEMENTS SOCIAUX - MEETING DE LILLE (jeudi 16 février 2012)

Publié le par Stéphane GOMEZ

C'est avec plaisir que nous retrouvons ce soir Lille, dont la chaleur de l'accueil n'est plus à expliquer, conviviale chaleur bienvenue après ces dernières semaines de grand froid.L'évocation -bien sûr- n'est pas circonstancielle.

 

À Lyon d'où nous arrivons, pendant 2 semaines entières en alerte orange – Grand Froid, pendant 2 semaines entières, sans interruption, nous avons été avec des températures inférieures à 0° en journée, avec la Saône qui a gelé. Le préfet du Rhône a ouvert de nouvelles places d'hébergement d'urgence, 650 places pour un accueil d'urgence et précaire, sans suivi social, sans soutien psychologique, 650 places supplémentaires qui laissaient chaque soir de 200 à 300 personnes dans les rues de Lyon.

À Reims, le nombre de places offertes en temps ordinaire est si faible, qu'il faut moins d'un quart d'heure chaque soir pour qu'elles soient toutes entièrement occupées, laissant là encore des dizaines de personnes à la rue, tandis que les personnes les plus « chanceuses » ont un abri, collectif, de quelques heures, avant le retour à la rue dès 6 heures du matin.

À Tours, ce sont 60 personnes qui ont du être prises en charge par des structures privées faute de places ouvertes en nombre suffisant par la Préfecture.

Avant la vague de froid, en décembre dernier, 49% des appels pour un hébergement d'urgence restaient sans réponse. À Toulouse, ce sont les 2/3 des demandes qui restaient sans réponse. À St-Étienne, on atteignait le taux incroyable de 91%.

 

La liste des villes et des exemples pourrait s'étendre encore longtemps, jusqu'à en devenir risible, si derrière ces chiffres et ces exemples il n'y avait pas, à travers toute la France, des dizaines de milliers d'individus, isolés ou en familles, vieillards et enfants.

Voilà le bilan, au bout de 5 ans, d'un président qui s'engageait à ce que, à la fin de son mandat, il n'y ait plus de SDF qui dorment dans la rue.

Voilà le bilan, au bout de 5 ans : cet hiver, ce sont déjà 14 sans-abris qui sont morts de froid et d'abandon dans les rues des villes et des villages de France.

Voilà le bilan, au bout de 5 ans : ce sont des citoyens, des individus choqués, qui -chacun dans sa conscience- proposent des places d'hébergement à travers un 115 des particuliers, la solidarité individuelle devant se substituer à l'incurie d'un Gouvernement plus obnubilé par un triple A déjà perdu que par l'aide aux victimes du froid sibérien, se substituer à un Gouvernement qui pour mériter le triple A des technocrates de la finance est prêt à mériter le triple zéro de la solidarité.

 

Entre le Fouquet's et la soupe populaire, entre l'égoïsme ostentatoire et la solidarité discrète, certains ont leur préférence.

Qu'ils soient rassurés : nous aussi !

Certains ont déjà fait leur choix, et proposent des référendums sur les chômeurs : quand on ne peut plus combattre le chômage, ce sont les chômeurs que l'on combat ; quand on ne peut plus combattre la pauvreté, ce sont les pauvres que l'on combat.

Puisqu'ils veulent faire des référendums sur des questions sociales, nous leur disons « d'accord », faisons des référendums sur des questions sociales, faisons un référendum sur la TVA dite sociale, qui va peser sur le pouvoir d'achat des ménages, pouvoir d'achat déjà bien fragile quand -par avance- il est déjà amputé d'un tiers pour venir payer la part réservée au loyer, faisons un référendum pour savoir si un toit, c'est un droit ; faisons un référendum pour savoir si la loi sur le droit au logement opposable doit rester cette hypocrisie administrative qui ne répond pas à l'attente des milliers de familles en grande précarité, qui laisse 60% des demandeurs sans solution, ou si la loi DALO doit devenir une réalité concrète qui oblige nos responsables politiques, qui réponde à l'urgence des 3 millions et demi de personnes en situation de mal-logement.

 

Cette question est sensible et le sujet est vaste.

Comme le temps nous est limité, nous nous permettrons d'en rester là sur ce point, pour aborder un autre élément du débat.

 

Puisque ce soir nous nous exprimons au nom de la FSU, fédération syndicale implantée dans la Fonction Publique, nous nous permettrons pour cette intervention d'apporter quelques éléments sur la situation des salariés de la Fonction Publique, que Nicolas SARKOZY encore récemment présentait comme protégés par leur statut, dans sa stratégie maintenant bien connue de division, opposant les salariés les uns aux autres.

Faut-il rappeler qu'aujourd'hui les personnes sous statut précaire représentent presque 23% des salariés de l'État, presque 1 sur 4, 1 sur 4 ! L'État employeur fait aujourd'hui mieux, il faudrait plutôt dire « pire », l'État employeur fait aujourd'hui pire que le privé en matière de précarité, l'État employeur se permet ce que l'État législateur interdit !

À ces précaires se rajoutent tous les fonctionnaires de catégorie C, dont le traitement commence à peine au dessus du SMIC et finir légèrement au-dessus de 2000€. Ces fonctionnaires de catégorie C, ce sont 23% des fonctionnaires de la fonction publique d'État, plus des ¾ de ceux des collectivités territoriales, presque la moitié de ceux de la fonction hospitalière.

Voilà les protégés, les nantis décrits par monsieur SARKOZY : une majorité d'hommes et de femmes dont la majorité du parcours professionnel se fait à hauteur de SMIC et même pour beaucoup, pour trop, dans des situations contractuelles précaires, qui ne permettent pas de se présenter devant un bailleur dans des conditions claires, qui permettent aux bailleurs les moins scrupuleux d'imposer leurs garanties, les conditions, toutes leurs conditions même celles qui sont hors la loi.

La question du logement est aussi une question qui se pose quotidiennement pour la majorité des salariés de la Fonction Publique.

À 1000€ de salaire par mois, les loyers sont chers, trop chers.

 

Et donc pour les fonctionnaires et pour tous les précaires de la Fonction Publique se pose aussi la question de la réalisation massive de HLM, se pose aussi la question de la baisse des loyers, et même, sans que l'on ose le dire, se pose aussi la question de l'arrêt des expulsions.

 

Oui, il faut construire, d'urgence, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de HLM, et sortir de l'utopie autiste qui guide certains secrétaires d'État actuels, celle de l'accession à la propriété de tous qui se fait contre le doit au logement pour chacun, celle qui permet d'expliquer qu'il ne faut plus construire de l'hébergement d'urgence aujourd'hui car tout le monde aura un logement stable demain, ou après-demain, ou un autre jour !

Nous ne sommes pas contre l'accession à la propriété, quel droit aurions-nous de l'être ?! Mais cette politique ne peut pas se faire contre la construction de logement sociaux !

Derrière ce projet, il n'y a que la volonté de désengager l'État dans ce qui est une nécessité de service public.

Seulement 77 000 logements sociaux neufs ont été livrés en 2011 alors que la liste d'attente sur le parc HLM est de 1,2 millions de dossiers !

Alors que fin janvier le secrétaire d'État au logement se vante de son bilan -confondant allègrement les logements financés sur plusieurs années et les logements réellement construits chaque année, pour pouvoir ainsi compter sereinement durant plusieurs années le même logement-, alors que le secrétaire d'État au logement se vante de son bilan, un rapport du Centre d'Analyse Stratégique souligne, hier, que sur les 37 milliards d'euros d'aide publique au logement -somme dérisoire face aux 150 milliards d'euros d'allègements fiscaux- que sur les 37 milliards d'euros d'aide publique au logement, 21 milliards seulement sont destinés aux plus modestes ou aux personnes sous conditions de ressources !

Que faut-il y comprendre ? Que presque la moitié des aides publiques au logement servent à aider… ceux qui n'en n'ont pas besoin !

 

Il faut construire des logements sociaux, tous type de logements sociaux, de toutes les tailles, de tous les niveaux de confort.

Les HLM de catégorie PLUS sont une promotion naturelle, mais ils ne peuvent pas être la seule offre.

On peut comprendre le soucis des élus des villes ayant le plus de logements sociaux de diversifier l'offre en tendant, dans les plans de constructions ou de renouvellement, vers la catégorie PLUS. Mais ce type de logements ne peut à lui seul répondre à la demande et aux besoins et la diversité de l'offre doit donc être assurée, en l'équilibrant mieux par une politique accentuée et assumée de mixité sociale, mixité entre les quartiers, mixité entre les communes !

Combien de temps encore faut-il tolérer que des maires, que certains maires, puissent ne pas appliquer la loi sur la part minimale de logements sociaux ? Combien de temps encore faut-il tolérer que le pouvoir administratif dans ces cas là ne se substitue pas à l'irresponsabilité politique et morale -oui : morale!- de certains élus ? Combien de temps encore faut-il tolérer que les mêmes qui votent une loi DALO -aussi limitée soit-elle- ou la loi SRU lorsqu'ils siègent Palais Bourbon ou Palais du Luxembourg ne les appliquent pas quand ils retournent siéger dans leur ville ?

Seule la moitié -la moitié!- des villes concernées par la loi SRU l'applique !

Récemment encore, certains demandaient des sanctions contre un député martiniquais au parler clair. Ceux-là ne se trompent-ils pas de personnes et de raisons quand ils demandent des sanctions ?! Que le ministre de l'Intérieur saisisse les Préfets -c'est dans ses attributions- que le ministre de l'Intérieur soit utile et qu'il saisisse les Préfets pour qu'ils fassent appliquer par les municipalités la loi SRU !

 

Sur les loyers, il faut avec urgence maintenant sortir de la logique consciemment imposée il y plus de 30 ans, en 1977, de favoriser l'aide aux personnes sur l'aide à la construction.

La proposition semblait belle, généreuse : préférer l'humain à la pierre. La proposition n'était qu'illusion, tour de magie.

La conséquence de ce choix très réfléchi fut une hausse prodigieuse des loyers, nouvelle rente, nouveau placement pour boursicoteurs et autres spéculateurs qui traitent du logement des autres comme par ailleurs ils peuvent agir avec les emplois : avec mépris, avec un intérêt égoïste et immédiat, avec une absence de considération pour ces autres qu'on appelle « les gens » !

En finançant les loyers, l'État a en fait financé les hausses de loyers, favorisant la spéculation donc renchérissant le prix du foncier donc le coût du logement, qu'il soit individuel ou collectif, privé ou social.

Le choix de 1977 se paie aujourd'hui aussi dans les contraintes financières accrues des offices HLM pour acheter du foncier donc bâtir du logement.

Le choix de 1977 explique pour partie la hausse de 50% en 20 ans de la part du logement dans les budgets des foyers.

Alors oui, il faut encadrer les loyers. Cela ne doit pas être impossible et inefficace : cela se fait en Allemagne.

 

Et au-delà, et pour conclure, oui, il faut instaurer un service public du logement, un véritable service public du logement : application de la loi SRU, construction de logements sociaux pour rattraper les 900 000 logements de retard de la France, restitution à la Caisse des Dépôts et Consignations de l'épargne populaire détournée par les banques, application d'un véritable droit au logement opposable,…

Et la liste est encore longue de ce qui doit constituer un réel service public du logement.

 

C'est notre exigence, celle que la FSU, avec la Plate-forme Logement, veut placer au cœur des campagnes à venir : celle d'un service public du logement, un réel service public du logement, qui préfère le locataire au spéculateur, qui rappelle que le logement n'est pas un produit de profit mais une nécessité, une politique qui fait société.

Nous voulons un service public du logement, pour que cessent les expulsions ;

Nous voulons un service public du logement, pour que l'hiver prochain il n'y ait plus de morts de froid dans la rue ;

Nous voulons un service public du logement, et nous le rappellerons sur tous les mois à venir et au-delà ;

Nous voulons un service public du logement, et nous rappellerons sur tous les mois à venir et au-delà, qu'un toit, c'est un droit !

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