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RÉALITÉS ORDINAIRES DE LA PETITE F-HAINE QUOTIDIENNE.

Publié le par Stéphane GOMEZ

 

Net, et sans bavure. Les résultats sont clairs : la Droite est implosée, la Gauche explosée est laminée, et le parti de l'inutilité et de la haine distillée triomphe. Ses élus ne font rien à Strasbourg à part se gaver de l'argent public dont ils dénoncent par ailleurs l'utilisation, mais qu'importe, si ces gens là avaient quelques humanisme et dignité, on s'en serait rendu compte depuis le temps qu'ils distillent leur poison…

 

Le constat est partagé : les extrêmes-droites triomphent aussi au Danemark et au Royaume-Uni devant la Grèce, l'Autriche ou l'Italie, elles font des résultats aux Pays-Bas, en Finlande ou en Hongrie et encore en Allemagne. Le vote européen est « par nature » un vote défouloir car l'Europe institutionnelle est perçue comme inexistante ou sans importance ou de toute façon sans réalité démocratique sur lequel son vote aurait une importance. Ce vote défouloir symbolise par excellence le fait que l'Europe ne convainc pas : on n'y voit ni contenu politique, ni réalité démocratique, ni projet commun pour l'avenir.

 

Mais ce vote défouloir s'exprime sur des questions nationales. On vote en Europe pour des enjeux locaux. Dans un contexte de forte abstention, la percée en voix du FN est réelle, notamment dans la France populaire : la Gauche perd les classes populaires. Ce n'est plus seulement que le prolétariat n'existe plus, c'est que -comme dirait Karl- le lumpenprolétariat vote contre son intérêt de classe.

 

Sur Vaulx-en-Velin, avec un peu plus de 1200 voix, le FN ne progresse pas : c'était à peu près son résultat en nombre de voix à la dernière législative (15% des voix) et avant en 2011 à la cantonale (19%). La différence, c'est que sur le même « matelas » de voix, le FN fait maintenant 29% des voix : sur Vaulx-en-Velin, le FN ne progresse pas en voix, mais il progresse en pourcentage, pour devenir le « 1er parti de la ville », une ville sur laquelle il n'a aucun militant, une ville sur laquelle il n'a pas pu constituer de liste pour la dernière échéance municipale, une ville sur laquelle il lui faut parachuter depuis 10 ans des candidats extérieurs aux scrutins uninominaux, des candidats extérieurs mais qui pourtant systématiquement arrivent alors 2ème, derrière le PS.

 

Le FN n'a donc pas progressé en voix sur Vaulx-en-Velin, mais nos électeurs, eux, ne sont plus venus. Ils ont fait la grève des urnes.

 

Certes, notre campagne fut faible, à tous, de l'Extrême-Gauche théorique à la Droite conservatrice. Après l'engagement et les tensions de la municipale sur Vaulx-en-Velin, les militants étaient épuisés. Le FN sur Vaulx-en-Velin, lui, n'en a pas de militants, il n'en a pas besoin car ce n'est pas la Ville qu'il veut gérer, il n'a pas de projet de ville, seulement sa base populiste nationale qu'il peut décliner sur Vaulx-en-Velin comme à Thizy-les-Bourgs.

 

Certes, notre campagne fut faible, mais cela n'explique pas tout et n'excuse rien. Malgré tout, les électeurs auraient pu venir voter pour un autre candidat, de Droite, d'Extrême-Gauche ou d'Extrême-Centre. Mais non : les électeurs ne sont pas venus voter, nos électeurs ont fait la grève du vote. Et cela doit nous interpeller.

 

D'abord, c'est l'incapacité de la Droite « classique » a existé sur nos territoires dès que le FN est présent. Elle est mieux structurée, peut présenter des listes aux échéances municipales, elle incarne donc sur la durée l'opposition républicaine. Mais dès qu'arrive un scrutin uninominal, elle implose face à un inconnu parachuté qui ne fait pas campagne.

 

 

Ensuite, c'est l'échec de la stratégie du Front de Gauche qui pense que taper sur le PS c'est l'affaiblir pour récupérer ses voix. Taper sur le PS, c'est l'affaiblir au profit du FN. En position de faiblesse, au national comme au local, le PS fait le double du score du FdG, quand le PS monte, sa Gauche gagne, quand le PS perd le reste de la Gauche perd avec lui. Sur Vaulx-en-Velin, la Gauche fait un peu plus de 40% des voix (ce qui, unie, la place loin devant) et le PS représente 50% de ce résultat à lui tout seul. Une campagne des « vases communicants » est vouée à l'échec, que la Gauche Extrême de gestion défende un projet plutôt que de penser gagner en excitant les déceptions à Gauche.

 

Enfin, c'est un avertissement sérieux sur notre politique de Gauche au pouvoir. Bien sûr que l'Europe déçoit telle qu'elle est conduite aujourd'hui ; BARROSO, l'homme à perdre de la Droite portugaise, a été promu pour ses échecs comme le chef d'orchestre de l'Union Européenne ; il a joué magistralement la partition pour laquelle on l'avait choisir : scléroser l'Europe. Mais qui peut croire que l'Europe fut (malheureusement d'ailleurs) le coeur de la campagne ? Ce vote fut en France (et partout ailleurs en Europe ?) un vote national. C'est notre politique qui a été sanctionnée.

 

La Gauche de Gouvernement doit donc réagir, car ce n'est pas les prochaines élections que nous risquons seulement de perdre, c'est notre République que nous perdons. La République c'est un corps vivant, c'est un corps vibrant. La République, elle ne peut pas être qu'incantatoire, elle doit s'incarner. Si la présidence Hollande abouti à des résultats, alors le candidat ennemi de la Finance aura eu raison comme président. Si François HOLLANDE échoue, alors c'est la République qui échouera : on ne peut demander des sacrifices aux Françaises et aux Français si cela ne s'incarne pas dans des résultats concrets. L'équation est d'autant plus complexe, que des lois telles que celles sur la famille ou la PMA enrichiraient demain notre pacte national mais fragilisent aujourd'hui notre vivre-ensemble, avec une Droite autiste qui confond vision stratégique et calcul tactique.

 

Bien sûr qu'une partie des électeurs d'Extrême-Droite sont des connards! Mais la démarche moralisatrice a échoué hier et elle échouera demain : on n'explique pas à des connards que ce sont des connards, et surtout on ne théorise pas à des gens qui souffrent que demain ça ira mieux si la Bourse va mieux, si les taux d'intérêts sont maintenus bas, si l'inflation est contenue jusqu'à la stagflation, si on permet d'amplifier les dividendes, et que pour cela ils doivent faire plus d'efforts, plus de sacrifices, payer plus d'impôts et remettre en cause leur modèle social. Les Français ne sont pas idiots : justement ! Ils comprennent quelle est la nature des sacrifices demandés et pour quoi. C'est le « pour quoi » qu'il faut modifier, c'est le « pour qui » qu'il faut clarifier. Notre République est un corps vivant qu'il faut continuer à nourrir pour en faire un corps vibrant. Ou elle crèvera, et nous avec…

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