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Petit traité d'homophobie ordinaire

Publié le par Stéphane GOMEZ

Petite devinette du jour: quel est le point commun entre Hervé MARITON, Brigitte BAREGES, Lionel LUCA ou Christian VANNESTE?

 

Bon, en fait la réponse est multiple.

 

D'abord, ce sont tous des députés UMP, ce qui n'est pas la dernière de leur qualité.

 

Ensuite, ce sont tous des élus qui n'ont eu de cesse de se faire remarquer par la qualité de leurs interventions dès qu'il s'est agi d'homosexualité, d'orientation sexuelle ou d'identité de genre. Tous ont été d'actifs artisans de la "fronde" contre les nouveaux programmes de SVT, qui osent avoir une approche scientifique et dépassionnée de la question, là où il faudrait avoir une approche "morale" contre le risque de "propagande homophile" porté par le fait même de traiter de la question avec des élèves de lycée! Rappelons qu'arrivée en Première, la majorité des adolescents a déjà eu une ou des expériences sexuelles, et que donc évoquer la question de l'orientation sexuelle en lycée est déjà le faire tardivement. Plus spécifiquement, Hervé MARITON répète à longueur de tribunes d'Extrêmes-Droites que les homosexuels ne peuvent pas composer une famille, et a été à la manoeuvre l'automne dernier pour créer une différence fiscale entre mariés et pacsés; Brigitte BAREGES est sortie de son anonymat en comparant en juin dernier l'ouverture du mariage aux couples homosexuels à la zoophilie; Lionel LUCA, fin août (sur les nouveaux programmes de SVT, justement), amalgamait gender studies et pédophilie; quant à Christian VANNESTE, c'est un tel roman de l'homophobie obsessionnelle, qu'on ne parvient même plus à lister ses saillies verbeuses contre "l'atelier sémantique gay" ou le "lobby homosexuel" d'activistes minoritaires bobos, ses amalgames débiles avec la pédophilie ou ses théorisations de bars PMU sur l'infériorité morale et sociale de l'homosexualité qui met en péril l'Humanité (rien de moins?!).

 

Ces charmantes personnalités sont aussi toutes membres du groupe de travail "famille" de l'Assemblée Nationale, groupe de travail en fait interne à l'UMP, et qui vient de publier un rapport, après avoir auditionné en plus de quelques prête-noms, des représentants d'associations familliales catholiques ou protestantes, des militants de "Cap Mariage" (association dont la vision du mariage semble aussi limitée qu'orientée) ou un professeur de théologie morale d'une université privée.

 

Dans de telles conditions, le contenu de ce rapport ne sera pas surprenant. En dehors de quelques propositions sur la prise en charge des enfants, qui peuvent effectivement se discuter, le poids idéologique est omniprésent pour défendre une vision "traditionnelle" de la famille, une famille "idéale" qui n'existe plus que dans leurs phantasmes ou leurs espérances. L'intérêt de ce combat est tel chez ces députés parmi les plus libéraux, qu'ils n'hésitent pas dans ce cas à prôner l'intervention de l'Etat ou des collectivités territoriales ou la hausse des dépenses publiques (création de places de crèche, de Maisons départementales de l'Enfance, amélioration des conditions fiscales,...). Quand on n'aime, on ne compte plus, surtout avec l'argent de la Nation.

 

Tout le rapport et donc toute la pensée de ces chers dirigeants est portée par une seule idée, fut-elle aberrante et contredite tous les jours par la réalité: les homosexuels ne peuvent pas fonder de famille! Composent-ils seulement de véritables couples?!

 

L'ouverture du droit au mariage pour les couples homosexuels n'est plus que la revendication de "certains groupes sociaux", de "certains couples homosexuels", sous-entendus de quelques activistes gais minoritaires, (cela rappelle Marine LE PEN: les homosexuels qu'elle rencontre ne veulent pas se marier, donc pourquoi leur ouvrir le droit au mariage?!) qu'il ne faut pas faire prévaloir aux "préoccupations de l'écransante majorité des familles françaises, que les media oublient trop souvent". Ne revenons même pas sur le rôle supposé des media, qui vendent pourtant à longueur de reportages sur les fêtes de Noël, la rentrée scolaire ou les départs en vacances la famille hétérosexuelle type. Relevons seulement cette idée centrale pour ces gens-là: il y a une "écrasante majorité des familles" à laquelle les familles homoparentales ne peuvent pas appartenir.

 

En fait, pour ces députés, tout passe par la famille: l'individu ou le couple n'existe pas. Ainsi, quand ils parlent de favoriser l'accès aux "grandes écoles", louable volonté, ils prétendent le faire sur la base d'une étude et d'une aide sur la base de la famille et non de l'individu concerné. Il ne faut pas aider une personne issue de milieux modestes à intégrer cette grande école, il faut aider... une famille modeste!!

 

L'individu n'existe pas, et tout le reste découle de là! Il faut encourager la "famille durable" et les "enfants qui en sont issus", c'est-à-dire la famille issue du mariage hétérosexuel, contre les autres familles, l'Etat n'ayant pas à "assumer le coût des choix individuels". Pour cela, il convient de "maintenir une différence subjective et créancière de droits" au profit de "l'institution du mariage qui s'inscrit dans l'avenir" alors que le PaCS "s'inscrit dans l'instant", ou de ne pas aider les familles monoparentales pour ne pas "aggraver la fréquence de la monoparentalité en déresponsabisant les acteurs"!

 

C'est de la rhétorique creuse ou de la logique absconde. Si l'on estime que l'Etat n'a pas à assumer le coût des choix individuels, alors l'Etat ne doit reconnaître aucun mariage, laisser à chacun la liberté de s'organiser comme il le veut; si l'Etat peut s'immiscer partiellement dans l'intimité des individus et des couples ou des familles, alors il doit le faire sur la base de l'égalité entre citoyens et non selon un regard partisan qui favorise une forme de famille sur une autre. Comment reprocher au PaCS de plus favoriser la précarité que le mariage alors qu'il a été consus comme tel, aggravé dans ce sens par les élus de Droite qui en ont rogné les avantages fiscaux sans y apporter une seule amélioration?! Ils font le constat que le PaCS est imparfait mais refusent d'y changer quoi que ce soit ou de permettre à tous de pouvoir se marier.

 

On n'ouvre pas le droit au mariage aux homosexuels, puis on distingue enfants issus du mariage et enfants hors mariage (au nom de choix individuels qu'il faut assumer! Mais si on ne peut pas se marier, comment peut-on supporter le reproche de ne pas l'avoir fait?! A moins bien sûr de faire le reproche de ne pas être en situation de le faire, c'est-à-dire de reprocher d'être homosexuel!

 

Cette distinction entre les enfants est bien sûr dans "'l'intérêt de l'enfant", "qui a besoin de l'altérité pour se construire", puisque "le père et la mère ne peuvent s'échanger ces rôles". "Sous prétexte de luetter contre une discrimination entre les adultes, on en créerait une bien plus réelle et bien plus grave entre les enfants". Que toutes les études scientifiques démontrent qu'il n'y a pas de différences de développement social ou culturel chez un enfant issu d'une famille homoparentale (si ce n'est la pression homophobe subit par répercussion par l'enfant) ne compte pas face à la certitude de ceux qui "savent" qu'il faut 2 parents de 2 genres différents. "Dans les situations de monoparentalité, naturellement, l'enfant choisira en plus du parent qui l'élève, un modèle du sexe opposé, lorsque le second parent manque": voilà bien une affirmation qui n'engage comme les promesses chiraquiennes que ceux qui veulent l'entendre!

 

Tout se tient merveilleusement. L'enfant a besoin de 2 parents de genres différents, il faut donc interdire aux homosexuels le droit au mariage et puisque les homosexuels ne peuvent pas se marier c'est donc qu'ils ne peuvent  et ne veulent pas être de bons parents et s'engager dans le mariage. Tout se tient merveilleusement, sauf la réalité de toutes celles et de tous ceux qui aspirent pas toujours tant au mariage qu'à l'égalité des droits, sauf la réalité de ces enfants qui vivent déjà avec leurs parents et dont l'intérêt est dans la pleine reconnaissance de leur famille.

 

Tout se tient merveilleusement sauf cette idée simple: une famille, ce n'est pas une entité monolithique, une famille c'est une construction complexe d'individus, d'individus qui conjuguent chacun à sa manière les mots "égalité" et "respect".

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