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Comme un air de Danemark

Publié le par Stéphane GOMEZ

Sale temps pour l'ancien n°2 de la Police Judiciaire lyonnaise: des écoutes téléphoniques de sa femme tendent à révéler un enrichissement personnel, et c'est toute la défense de l'ex-super-flic qui s'effondre. Pendant ce temps, à Lille, le directeur départemental de la Sécurité Publique est interrogé dans une affaire de proxénétisme, mûté d'office et hautement et discrètement incité à faire valoir ses droits à la retraite (tant qu'on a encore ce droit, aurait pu argumenter l'incitateur), alors que le n°2 de la Direction Centrate du Renseignement Intérieur (et ex de la PJ lilloise) est éclaboussé.

 

Ces affaires sont-elles importantes? Par forcément. Ces histoires relèvent d'abord du droit commun et (si cela est pouvé, la présomption d'innocent prévalant encore, quelques soient les saillies anti-justice du résident de la République qui n'hésite pas à dénoncer les "présumés coupables"!) de dérives personnelles d'invidus en situations de responsabilités. Politiquement, ces affaires posent quand même la question des moyens de contrôle des super-flics et d'autres, et donc de la responsabilité indirecte des pouvoirs en place, surtout lorsque le chef-chef de l'Etat s'est fait connaître et élire sur un discours sécuritaire "crédibilisé" par son passage à l'Intérieur, et lorsque le 1er Flic de France est un ancien préfet qui se lance dans de tonitruantes autant que verbeuses attaques contre les petits délinquants et autres criminels, réinventant la statistique ethnique pour dénoncer la "délinquence des Rroms".

 

Mais le plus grave est sûrement ailleurs.

 

Le procureur de Nanterre (dans les Hauts-de-Seine, le fief du sarkozysme clinquant, de Neuilly à Levalois) et son adjointe ont convoqués par une juge parisienne pour une mise en examen dans un des volets de l'Affaire BETTENCOURT, cette même Affaire BETTENCOURT dépaysée à Bordeaux où -au-delà du cas familial qui n'intéresse que les chroniqueurs mondains en manque de starlettes overdosées- elle rebondit inlassablement, ramenant sur le devant l'ancien ministre du Budget de Nicolas SARKOZY, Eric WOERTH, par ailleurs à l'époque également trésorier de l'UMP, fonction où il fut nommé par... Nicolas SARKOZY. Et comme il n'y a pas de plaisir sans gêne, quelques semaines plus tard, c'est le directeur général de la Police Nationale et le Directeur Central du Renseignement Intérieur qui sont convoqués, pour s'expliquer sur l'écoute de journalistes du Monde dans une enquête mettant en cause... Nicolas SARKOZY! Un ancien ministre de l'Intérieur, déjà condamné pour des propos racistes (!) doit s'expliquer sur l'annonce d'informations confidentielles à un mis en examen, dans le cadre d'une affaire de rétrocommissions pakistanaises, mettant en cause l'ancien Premier Ministre Edouard BALLADUR et son ministre du Budget Nicolas SARKOZY lors de la campagne présidentielle du 1er en 1995, lorsque son porte-parole, trésorier et directeur de campagne officieux s'appelait... Nicolas SARKOZY. Dans cette même affaire liée à l'attentat de Karachi en 2002 (15 morts dont 11 Français), le Parquet -hiérachiquement soumis au pouvoir politique- s'oppose à une ouverture par un juge d'une enquête pour "corruption et abus de bien sociaux", dans la continuité de son opposition à un autre juge parisien qui avait lancé une procédure pour "entrave à la justice et faux témoignage"! A côté de ça, les mises en examen d'intermédiaires à qui on remet personnellement la légion d'honneur mais-que-c'est-même-pas-vrai-qu'on-le-connaît, deviennent anecdotiques.

 

Tout cela est beaucoup plus grave, parce que l'on parle de morts (français et pakistanais), de millions d'euros utilisés pour s'enrichir personnellement ou pour conquérir le pouvoir à l'encontre du jeu normal de la concurrence démocratique, d'affairisme à la tête de l'Etat français, et parce que tout cela pose la question de l'utilisation des moyens de la République, de la Justice et de la Police pour des intérêts personnels.

 

Tout cela renforce bien sûr le "tous pourris" cher à l'Extrême-Droite comme à l'Extrême-Gauche, mais va aussi beaucoup plus loin, lorsque le Parquet, des juges "amis", la Police Nationale ou la Direction Centrale du Renseignement Intérieur deviennent des auxiliaires non du pouvoir mais d'un individu, non de la raison d'Etat mais de l'ambition personnelle.

 

Sommes-nous encore en République ou sommes-nous déjà revenus dans la féodalité, où le service public n'existe pas mais est une réalité privée au service d'intérêts privés?

 

Ne soyons pas naïf sur la "transparence" en politique. La raison d'Etat a son sens et ses conséquences, qui créent le secret. Mais là, point de raison d'Etat: taper dans la caisse et pour le masquer faire pression sur des juges ou les courcircuiter grâcer au Parquet, faire espionner des journalistes, utiliser des moyens publics,... c'est de la déraison d'Etat, c'est la dérive autoritaire du pouvoir, c'est l'absence d'éthique démocratie.

 

Au nom de l'efficacité contre les conservatismes de corps, de sa bataille contre l'insécurité, Nabotléon Ier n'a pas hésité à remettre gravement en cause des principes et des valeurs républicains, notamment dans le domaine de la Justice qui aujourd'hui lui "cause" tant de tords. Les résultats devaient lui donner raison. De résultats, nous n'en voyons toujours aucun, si ce n'est l'élection à l'Elyzée de l'apologiste de ce discours liberticide et de reculs clairs et concrets des droits individuels et collectifs. De résultats, nous en subissons unanimement un, celui de l'augmentation de la désespérance sociale et politique: le promoteur du "présumé coupable" et de "l'efficacité" en étendart démagogique aura créé des illusions et des espoirs dont les conséquences sont supportées par un idéal républicain déjà fragilisé par la remise en cause du pacte républicain.

 

La dérive affairiste et l'utilisation outrancière des moyens de l'Etat pour se protéger finit d'achever ce quiquennat de régressions républicaines!

 

Plus que jamais il est donc nécessaire de s'opposer à toute dégénérescence danoise: tout n'est pas pourri en France, tout n'est pas pourri dans notre République, elle juste besoin d'un peu de souffle démocratique, d'ouvrir grandes les fenêtres de l'éthique politique.

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