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BAGATELLES POUR UN MASSACRE

Publié le par Stéphane GOMEZ

Est-il prudent de rappeler quelques chiffres? 130 000 mineurs sont concernés chaque année par la Justice en France, chiffre fourre-tout, puisqu'il inclut des réalités très diverses, avec tous les cas de relaxe,s d'incivilités du quotidien, de jugements relevant du droit de la famille,...  100 000 mineurs sont pris en charge par la Protection Judiciaire de la Jeunesse, là encore avec un chiffre global recouvrant des problématiques différentes, dont les cas de mise sous protection. Il n'y a "que" 55 000 cas de poursuites judiciaires par an, qui aboutissent à 3 500 incarcérations sur l'année et à moins de 700 mineurs présents en prison chaque jour.

 

Chiffre énorme? Chiffre ridicule? Chiffre sûrement impossible à qualifier, car derrière chacune de ces incarcérations, il y a des cas, des douleurs, des réalités et des parcours différents, qui relèvent difficilement de la statistique à ce niveau.

 

Alors ne jugeons pas trop vite, ne déclarons pas trop promptement qu'il y a sûrement des fautes des juges, de la PJJ ou des éducateurs (et des parents? des enseignants? de la boulangère?) derrière chacun de ces échecs, comme vient de la faire en toute hâte Claude GUEANT, sur le cas de la jeune Agnès, collégienne violée, tuée et brûlée.

 

Ces cas -rares- de violences juvéniles, sont des drames humains, et ils méritent mieux que la polémique, et ils méritent mieux que la récupération politiciennes et démagogique à laquelle s'est livrée, une nouvelle fois, le Gouvernement, dans un choeur des hypocrites qui voudrait faire oublier que l'UMP est aux affaires depuis 2002 et donc comptable de tous les bilans, les meilleurs comme -et ils sont plus nombreux- les pires.

 

Alors que la Garde des Sceaux demande, légitimement, une enquête administrative (en espérant qu'elle n'omette rien, c'est-à-dire aussi la responsabilité des dirigeants et de leurs choix politiques), le ministre de l'Intérieur annonce lui déjà que des fautes ont été commises! Le ministre de la Justice propose pour les cas graves un placement d'office en Centre Educatif Fermé, ces CEF qui ont déjà longuement et largement démontré leur pertinence; il oublie simplement de dire qui et comment estimera de ce qu'est un cas grave, et si ce n'est pas comme cette démarche sera compatible avec une procédure judiciaire, avec l'indépendance de l'Administration qui aura donc déjà émi un avis préalable au jugement, et donc -naturellement!- avec la présomption d'innocence. Pour ne pas être en reste, le Premier Ministre propose le "secret partagé" (par qui? avec qui? surtout après ce cas, où les parents de l'auteur présumé avaient averti l'administration scolaire de son passif judiciaire), s'asseyant sur le secret médical ou le secret de l'instruction.

 

Tout cela sent mauvais le sauve-qui-peut-général, le populisme de bas étage et surtout le mépris des valeurs sur lesquelles sont fondées notre Justice.

 

Mais que répondre à cela, quand une jeune fille est morte, morte dans d'attroces circonstances!

 

Alors bien sûr, on pourrait espérer que les sinistres du gouvernement actuels parlent de responsabilité, de moyens pour la Justice, de prévention, d'accompagnement personnalisé des cas lourds psychiatriques ou de criminalité juvénile, qu'ils fassent preuvent d'éthique, de principes et de pédagogie. Mais non, les quelques mots dignes seront venus des parents de la jeune victime, qui ont demandé en toute simplicité du respect et le temps de la Justice.

 

Les victimes parlent justice, les ministres parlent vengeance. Mais à quoi servent les principes dans notre société, ils ne sont plus que bagatelles, bagatelles que tout ceci.

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