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SARKOZY et la rupture?

Publié le par Stéphane GOMEZ

Didier MIGAUD :

«La politique économique de SARKOZY est en rien une rupture»

La rédaction - Bourdin & Co - RMC, le 13/09/2007
Jean-Jacques Bourdin recevait Didier Migaud, député socialiste de l’Isère et Président de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale

J-J B : Parlons des régimes spéciaux, nous étions à Bruxelles ce matin avec notre correspondant qui nous disait  que le gouvernement a écrit à la Commission Européenne pour lui dire que la réforme des régimes spéciaux sera réalisé avant la fin de l’année 2007 et les régimes spéciaux seront alignés sur les régimes de la fonction publique. Qu’en dites vous ?

D M : Je dis que le document adressé par le Gouvernement Français à Bruxelles est un vrai conte de Noël parce qu’il est d’un tel optimisme et tellement coupé de la réalité de la situation économique et sociale qu’on est obligé vraiment de se pincer à sa lecture. Quand on regarde ce qui est écrit, on se dit que les engagements de la France seront tenus, à partir du moment où on a 3% de croissance. On ne sait pas comment on arrivera à 3% de croissance, ce n’est pas avec le paquet fiscal qu’on y arrivera et on voit bien que rien n’est fait pour prendre en compte la situation de la réalité économique et sociale. 


J-J B : Je m’arrête sur la réforme des régimes spéciaux…Quelle est votre position, parce que le parti socialiste parle, selon ses responsables, différemment ?

D M : Nous sommes tout à fait conscient qu’une remise à plat de ces régimes spéciaux est nécessaire. Elle doit s’inscrire dans la réforme globale des retraites. Il faut aussi relativiser, se focaliser sur un certain nombre de choses c’est désigner du doigt des personnes.


J-J B : Alors vous dites qu’il ne faut pas réformer avant la fin de l’année ?

D M : Non pas avant la fin de l’année. Je me demande pourquoi veut on dissocier les régimes spéciaux de la question  d’ensemble du devenir de nos retraites, à partir du moment ou de toute façon, un certain nombre de critères objectifs devront être communs à l’ensemble des réformes. Je pense notamment à la pénibilité du travail. Je pense qu’il y a une différence entre un notaire et quelqu’un qui conduit un poids lourd. Cela me parait évident et il faut en tenir compte. L’espérance de vie n’est d’ailleurs pas la même selon le travail que l’on a pu faire tout au long de sa vie professionnelle. 


J-J B : Il faut donc tenir de l’espérance de vie ?

D M : Il faut tenir compte de ce genre de critères et je comprends que tactiquement le Gouvernement veuille le faire et je pense qu’en fait il y a plus de concertations qu’on ne le dit entre le Président de la République et le Premier Ministre, au-delà même des problèmes existentiels du Premier Ministre.


J-J B :  Mais est-ce une bonne idée d’aligner ces régimes spéciaux sur la fonction publique ?

D M : Que l’on puisse poser la question de  l’âge du départ à la retraite et du nombre d’anuité alors même que la fonction publique a connu des évolutions,  je pense que c’est une bonne idée, encore faut il qu’ensuite, on puisse appliquer un certain nombre de critères objectifs, en concertation avec les organisations syndicales. 


J-J B : Vous dites « le Gouvernement, lorsqu’il écrit à Bruxelles, raconte des chimères à la Commission Européenne ».

D M : C’est un conte de Noël donc  le gouvernement se fait sa propre histoire. Je pense qu’il n’est pas suffisamment conscient  de la réalité de la dégradation de nos comptes publics, que les premières décisions qui ont été prises en juillet ne vont pas dans le bon sens.


J-J B :  C’était une erreur le bouclier fiscal de juillet ?

D M : C’est une énorme erreur, à la fois sur le plan économique et sur le plan de la conception que l’on peut avoir de la justice fiscale, ça ne pourra que renforcer les inégalités. Mais au-delà même de ce principe, la politique économique budgétaire et fiscale de Nicolas Sarkozy n’est en rien une rupture par rapport à la précédente.  C’est une continuité d’une banalité consternante. 


J-J B :  Mais comment faut il faire pour rompre alors…

D M : On dit tous qu’il faut soutenir à la fois la demande, encourager la consommation et dans le même temps il faut renforcer la compétitivité de nos entreprises. On voit bien d’ailleurs que le déficit de croissance au niveau de notre pays tient à la faiblesse de notre appareil productif. Les socialistes estiment aussi qu’il faut une politique d’offre et de soutien  des entreprises. Mais encore faut il s’entendre sur le contenu. Il ne s’agit pas de soutenir la demande de ceux qui paient l’ISF ou de ceux qui bénéficient d’exonération sociales sur les stock options par exemple. C’est une demande soutenue alors même qu’elle n’a pas besoin d’être soutenue.  En revanche si vous consacrez un certain nombre de sommes sur l’allocation de rentrée scolaire, sur  l’allocation logement, sur un certain nombre d’autres prestations, là vous savez que ça pourra encourager la consommation de personnes qui ont besoin justement d’être soutenu pour consommer. En ce qui concerne l’offre, là aussi il ne faut pas confondre  l’intérêt des entreprises et l’intérêt des chefs d’entreprises. On a, dans le texte présenté en juillet, pris un certain nombre de mesures favorables pour les chefs d’entreprises sans obligatoirement tenir compte de la situation même des entreprises. 


J-J B : Est-ce qu’il faut travailler plus ?

D M : Il faut faire en sorte qu’il y est plus d’heures travaillées et que ceux qui aujourd’hui sont privés d’emploi ou sont dans des situations de précarités extrêmes puissent également travailler. Il faut globalement travailler plus. 


J-J B : Il faut continuer à exonérer les stocks options ?

D M : Il n’y a pas de raison que les stocks options,  qui sont en fait des revenus complémentaires, soient exonérés de cotisations sociales. D’ailleurs je trouve que le principe d’exonérer toutes formes de revenus de cotisations sociales est une erreur fondamentale tragique. Vous pouvez avoir des plafonds mais le principe de faire croire à nos concitoyens que l’on peut s’exonérer des financements, d’une contribution à notre protection sociale, c’est quelque chose qui est extrêmement dangereux. 


J-J B : Pour renflouer les caisses de la Sécurité Sociale, plusieurs solutions sont en train de circuler, par exemple augmenter la taxe sur les carburants. Vous y êtes favorable ou non ?

D M : Globalement on pourrait y être favorable sur le principe mais il faut aussi penser à ceux qui sont obligés d’utiliser leur voiture pour se rendre à leur travail. Je dis pourquoi pas mais à condition qu’un certain nombre de mesures de soutien au pouvoir d’achat puissent être prévues.  Je suis pour taxer davantage les poids lourds, ça ne me gênerait pas qu’il y ait par exemple un péage pour les poids lourds sur un certain nombre de routes nationales. De la même façon pourquoi les avions sont il exonérer de toutes taxes sur les carburants, c’est une situation complètement aberrantes, alors même qu’on sait que les avion ont des conséquences très importantes sur  l’atmosphère. 


J-J B : Qu’est-ce que vous proposez pour protéger la Sécurité Sociale ?

D M : Je pense que tout d’abord il ne faut pas se priver de recettes, les trois milliards feraient du bien. Je trouve que toutes les mesures qui sont prises, aujourd’hui, ont tendance à culpabiliser le malade. Non seulement vous êtes malade mais en plus on vous pénalise d’une certaine manière. Si l’on veut sauvegarder notre régime de sécurité sociale il faut aussi que l’ensemble de la collectivité puisse mieux y contribuer et qu’on maîtrise peut être davantage et qu’on se responsabilise. Je suis une réforme budgétaire qui a pour objectif principal de responsabilisé les gestionnaires publics, donc, ça ne me gène absolument pas qu’on responsabilise le malade. Mais il n’y a pas que le malade, il y a aussi les médecins, les professions médicales, les industries pharmaceutiques, il y a beaucoup de choses et je trouve que la volonté du Gouvernement par rapport, justement, à ces filières industrielles, est beaucoup moins forte. Puisqu’on responsabilise le malade il faut aussi responsabiliser les médecins. A partir de la carte vitale il y a un certain nombre de choses qui peuvent être faites.  Il y a plusieurs choses qui ont été mises sur la table, discutons en  mais ne focalisons pas la aussi toujours sur une unique solution.  Voyons aussi l’assiette des cotisations patronales, je suis pour qu’il y ait un peu de valeur ajoutée au niveau de l’assiette des cotisations patronales,  pour le financement de la Sécurité Sociale et sa protection. 


J-J B : Est il vrai que vous voulez auditionner Christine Lagarde ainsi que les PDG de Suez et Gaz de France sur cette fameuse fusion ?

D M : Oui, c’est prévu , nous voulons savoir ce qu’est la réalité des opérations, quels sont les objectifs et les conséquences ; ça me parait la moindre des choses que la Ministre et les présidents de ces deux entreprises puissent répondre aux questions les plus légitimes des parlementaires. 


J-J B : Les tarifs réguliers de gaz fixés par l’État vont disparaître ?

D M : Il y a un risque qui me parait évident avec la fusion et c’est très dommage. 


J-J B : Un haut responsable GDF a déclaré hier que ça allait disparaître…

D M : Je crois que le risque est réel avec toutes les conséquences que cela peut avoir. 


J-J B : Est-ce qu’il faut sanctionner les députés qui sont trop souvent absents ?

D M : Le problème la aussi est mal posé, nous faisons en sorte que le parlement fasse correctement son travail et ne soit pas cantonné à un rôle de chambre d’enregistrements. Le travail que fait un député ne s’apprécie pas seulement à travers sa présence en séances publiques. 


J-J B : Est-ce qu’on doit remettre en cause le régime spécial des parlementaires ?

D M : Vous savez il y a eu une réforme des régimes des parlementaires qui ont été aligné sur soixante ans. Il y a des spécificités mais ça a été mis sur table, le régime n’est plus aussi spécial.


J-J B : Et la TVA Sociale dans tout ça ?

D M : Je pense que malheureusement elle reviendra. Accoler le terme sociale à la TVA me parait être totalement aberrant  puisqu’il s’agit d’une augmentation de la TVA tout simplement et qu’il ne faut pas tromper nos concitoyens la dessus. Je pense que c’est un dossier qui est simplement reporté.

 
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