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Renseignements généraux

Publié le par Stéphane GOMEZ

     Ce début de campagne présidentielle n'aura pas manqué d'attraits, pour celles et ceux qui apprécient les lectures de caniveaux. Vols de scooter et A.D.N., vraies bourdes ou vraie manipulation, polémiques sur les impôts (une polémique, c'est tellement mieux qu'un vrai débat, quand on a peur de déplaire, de ne plus être dans le "consensuel rassembleur") avec détour sur l'I.S.F., et -bien sûr- la question des R.G. et de savoir s'il y a encore quelqu'un à la tête du ministère de l'Intérieur (à part l'éternel candidat, s'entend...).

     Est-ce le lot commun de toutes les campagnes présidentielles? Faut-il s'en émouvoir? Oui, pour le moins, à part à croire à une fatalité de la médiocrité.

     Car la multiplication, si tôt, de cette politique d'égoutier est due à tout, sauf au hasard.

     Jean POPEREN rappelait souvent que l'important, c'était la ligne politique, de là découlaient les hommes ou les femmes, à partir de là se menait le combat des idées.

     Mais que reste-t-il de ce combat des idées?

     Sauf aux extrêmes, la classe politique s'est résolue à une impuissance qu'elle s'est créée; elle a décidé d'ériger en dogme son incapacité à agir sur le réel, sur le quotidien et sur la macro-économie.

     Et à défaut de défendre une ligne politique, on est dans la recherche du consensus absolu, donc du consensus mou: il faut rassembler le plus largement possible, il ne faut surtout pas fâcher quelqu'un, donc on reste dans le flou, le moins possible de propositions précises. On les avance pour se donner une apparence crédible, mais on ne fait pas campagne dessus. Que reste-t-il dès lors, si ce n'est les personnes, et les combats de personnes.

     Et à défaut de penser pouvoir encore changer la vie de leurs concitoyens, certains se sont résolus à changer leur vie. La fonction présidentielle -dans ce système institutionnel français qui laisse croire à l'illusion d'une éternité historique- attire toujours. On se bat toujours pour atteindre l'Élyzée, mais quand on ne croit plus aux idées, que l'on a plus ou pas d'idéologie ou d'utopie pour mener bataille, on se contente de ce qu'on peut, c'est-à-dire rien, c'est-à-dire de la politique de caniveaux.

     Le déclin du politique favorise ce genre d'attitude, mais aussi le système institutionnel français, bâti autour de la sacralisation d'une fonction, et donc de la personne qui l'occupe. Il y a un lien clair entre le régime présidentialiste et la médiocrité de la campagne.

     Échangeons notre système contre un système parlementaire, où le choix d'une majorité et d'une politique ne répose pas sur une seule personne, mais sur la victoire dans une majorité des circonscriptions législatives, et il est fort à parier que nous limiterons les attaques personnelles et la confusion des fonctions chez les candidats ministres (ou les ministres candidats?).

     Mais du constat au changement, il y a un grand pas. Qui se fera élire pour immédiatement réduire les pouvoirs insitutionnels pour lesquels il s'est si apprement battu? Laurent FABIUS l'a proposé dans la campagne interne pour la décision du candidat socialiste, mais les militants, pardon: les adhérents ne l'ont pas suivi. La solution viendra-t-elle de la Gauche de la Gauche qui s'entredéchire sur les candidatures, les personnes et les survies d'appareils alors qu'il y a une large convergence d'idées? Je ne parle même pas de José BOVÉ, qui cède au césarisme, faisant plébisciter par internet son retour alors qu'il plafonne à 1% des intentions de vote (un ami de ses soutiens m'avait expliqué la stratégie: 10 000 signatures pour créer le buzz, 90 000 pour y aller; il se sera contenté de 30 000 pour se déclarer et faire don de sa personne à la France).

     Quelle solution nous reste-il alors? Toujours la même, travailler dans le temps, bâtir l'alternative politique au sein du parti de gouvernement, le Parti Socialiste, pour que l'alternance soit aussi une alternative, y mener le combat des idées, sur l'économie, le social, le sociétal mais aussi sur les institutions pour ensuite se mettre en position de changer la vie.

     Nos concitoyens n'ont pas arrêté de faire de la politique, mais ils désespèrent des politiques. Ils ne nous accorderont durablement leur confiance, retrouverons confiance dans les politiques que s'ils ont la politique pour laquelle ils votent. À nous d'être digne de leur exigence démocratique, en ne cédant pas à la politique de caniveaux, en menant le combat des idées. L'avenir de la Gauche est un avenir à Gauche.

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