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Quand on veut tuer son chien...

Publié le par Stéphane GOMEZ

     Le dicton est connu: “Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage”. Il n’est jamais surprenant de constater comment les grands idéologues peuvent s’inspirer de ce “bon sens populaire”.

     La Droite actuelle est une farouche adversaire de l’Éducation nationale, porteuse d’une rancoeur (pour ne pas dire une haine) que l’on n’avait pas vu depuis, disons… une soixantaine d’années.

     L’Éducation nationale, c’est le triple adversaire.

     C’est le symbole de cet État "omniprésent" que rejette la Droite actuelle, malgré tous les services qu'il rend à ses intérêts et à ceux de ses amis.

     C’est un secteur commercial important qui échappe au marché et à quelques amis de nos dirigeants actuels.

     C’est cette école du “gauchisme” où l’on défend la laïcité ou bien les enfants clandestins scolarisés.

     Il faut donc engager le combat, et quel meilleur moyen pour tuer l’école publique que d’organiser son blocage? Une fois empêchée de fonctionner, les portes vers le privé, déjà bien ouvertes, seront encore élargies, avec l’assentiment de nombreux concitoyens intoxiqués: c’est vrai, on le constate, l’école publique ne fonctionne plus, donc plutôt que de s’interroger sur les origines de ces dysfonctionnements, finançons plutôt sur fonds publics le secteur marchand tellement plus efficace.

     Depuis 2002, on ne peut pas dire que les attaques ont manqué contre ce pilier de la République.

     Qui ne se souvient de RAFFARIN ému, presqu’en larmes, s’inquiétant pour le bac de nos chères têtes blondes (et brunes, et noires,...) lors du mouvement contre la destruction du système de retraites par répartition. Les résultats ont montré que les professeurs grévistes avaient assumé leur mission au-delà de leur statut de gréviste, mais qu’importe, le Poitevin avait réussi à inquiéter les parents et même culpabiliser des enseignants.

     Et puis il y a De ROBBIEN, le ministre de l’E.N. qui a fait toute sa scolarité dans le privé, dont il ne cesse de vanter les mérites, et qui se promène, quelques bouquins abîmés sous les bras, pour constater les “ravages” dans la Sorbonne, lors du mouvement anti-C.P.E., dans ce qui ressemble plutôt à une mise en scène, qui rappelle d’autres C.R.S. incendiaires de 1968. On-t-on déjà vu un ministre se prêter à une telle mise en scène contre ceux qu’il est censé défendre?!

     Et puis, de manière générale, depuis quelques années, l’attaque frontale est sur les budgets et le nombre de postes.

     L’École est-elle trop riche?

     Il suffit de faire le tours de quelques maternelles, primaires, collèges ou lycées de sa ville pour constater que les enseigants gèrent la misère. Certes depuis 1981 le budget de l’Éducation nationale a augmenté de 50%, mais dans le même temps le nombre d’élèves a lui doublé, sans compter quel l’explosion des techniques appelle à avoir (quand on le peut) des outils de plus en plus perfectionnés et coûteux.

     Qu'importe, la saignée s'organise. On avait déjà eu le droit à un avant goût du traitement de cette année, lorsque dans la Loire, le collège Marc Seguin classé ambition réussite (magnifique invention pour dynamiter à terme les R.E.P. / Réseaux d'Éducation Prioritaire, qui sont venus prendre le relais de Z.E.P. trop coûteuses), a vu sa Dotation Horaire Globale (pour simplifier, son nombre de professeurs) réduite!!

     L’annonce du budget 2007 a été à la hauteur des rêves les plus ambitieux des droitites: 8 000 postes supprimés, dont 5 000 dans le secondaire. Au nom d’une baisse démographique faible et provisoire (qui en pratique ne correspond au mieux / au pire qu’à 2-3 élèves par établissement), c’est le grand nettoyage. Pour le secondaires, c’est l’équivalent de 25 000 postes supprimés depuis 2003!!
Alors que tous les modèles de réussite sont ceux de petites classes, on nous organise pour des raisons financières et idéologiques des classes surchargées; au collège Théodore Monot de Bron, classé "sensible", les 4èmes sont pratiquement à 30 élèves par classe!

     À cela s’ajoute la suppression de toutes les heures de projets éducatifs, de maintenance informatique, de laboratoire, de dédoublement pour les langues,… toutes ces heures qui favorisent le travail collectif, la cohérence des équipes pédagogiques et le bon fonctionnement des établissements.

     Car il ne s’agit pas seulement de briser l’Éducation nationale, il faut aussi briser le corps enseignant, humilier ces professeurs qui trop régulièrement osent se lever contre l’ordre libéral contraire aux valeurs transmises à leurs élèves, contre ses salariés encore fortements syndiqués et revendicateurs: les salaires et les évolutions de carrière sont gelés, le Conseil Pédagogique permet de créer une nouvelle "hiérarchie de proximité", on demande aux professeurs d'enseigner plusieurs matières pour nier leur niveau d'étude,… et bien sûr les ministres lâchent les petites phrases…

     Effectivement, le chien a la rage, et on sait qui lui a transmis, et pourquoi: on veut tuer le vieux toutou qui garde la maison "République"!
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